Aucun vestige d’une croisée de bois d’une époque aussi haute ne nous est parvenu
et l’iconographie contemporaine n’est pas suffisamment précise pour en connaître
les différents aspects. Aussi, malgré la part de subjectivité qui peut entrer dans
tel ou tel choix lors d’une tentative de restitution, l’exercice nous paraît-il digne
d’intérêt. Il est toutefois délicat puisqu’il ne peut se fonder, pour l’essentiel,
que sur l’analyse des croisées de pierre, elles aussi rares, et qu’elles doivent
être peu remaniées, voire comme dans l’exemple qui suit, posséder des caractéristiques
particulières. Nous verrons en effet que les nombreux indices livrés par la croisée
de l’auditoire de justice du Grand-Poillé permettent d’en proposer une restitution
sans doute très proche de l’origine, la constitution simple de ses châssis limitant
le risque d’erreur. Un volet conservé dans l’édifice, mais fabriqué un siècle plus
tard, nous donnera quelques éléments de réponse quant aux procédés locaux mis en
œuvre. Pour chaque élément restitué, nous étudierons les possibilités envisageables
et expliciterons les critères qui nous ont amené à choisir telle ou telle disposition.
Après cet exercice, nous analyserons une croisée des années 1400 provenant du château
de Pierrefonds et décrite par Eugène Viollet-le-Duc dans son célèbre Dictionnaire
de l’architecture. Ses caractéristiques, pour le moins surprenantes, méritent quelques
commentaires…